Est-ce éthique de mettre un oiseau en cage ?

Est-ce éthique de mettre un oiseau en cage ?

« Tu dis que tu aimes les fleurs et tu leur coupes la queue, tu dis que tu aime les chiens et tu leur mets une laisse, tu dis que tu aime les oiseaux et tu les mets en cage, tu dis que tu m’aime alors moi j’ai peur » Jean Cocteau

Je vous propose aujourd’hui un article un peu spécial, sous forme d’interview commentée. Dites-nous ce que vous en pensez en commentaires !

Le 18 janvier 2021, l’humoriste Guillaume Meurice était au micro de France Inter pour parler d’un sujet qui lui tient à cœur : la cause animale. Il s’est rendu au marché aux oiseaux, qui se tient chaque dimanche sur l’Ile de la Cité à Paris, afin d’y rencontrer des éleveurs et vendeurs d’oiseaux domestiques et/ou captifs. Certaines de leurs remarques sont pour le moins … étonnantes.

Donner la mort, ce n’est pas maltraiter

Guillaume Meurice : Est-ce que des oiseaux en cage c’est ne pas respecter le bien-être animal ?

Éleveur 1 : Non, bien sûr que non ! Il y en a qui diront qu’un abattoir c’est un lieu de maltraitance ! Non, la maltraitance est condamnée en France, c’est pas de la maltraitance.

Soulevons déjà le changement de sujet : quel rapport entre un abattoir et des oiseaux en cage ? Par ailleurs, il a été prouvé maintes et maintes fois que les animaux ne sont ni respectés, ni bien traités dans un abattoir, en témoignent les célèbres vidéos de l’association L214. Et est-ce seulement possible de donner la mort en masse à des animaux, à la chaine, sans toutefois les maltraiter ? Les animaux sentent la peur, les odeurs, ils peuvent être pris de panique. Alors, les abattoirs, pas des lieux de maltraitance ?

GM : Et est-ce que tuer un animal, c’est pas de la maltraitance ?

Éleveur 1 : Bin … Non !

Évolution express et pandémies

Éleveur 2 : Ces oiseaux là sont nés en captivités depuis de nombreuses générations, ils sont adaptés à la cage. On peut faire le parallèle avec les poules élevées en cage, j’ai du respect pour ceux qui élèvent les poules en cage, mais ça n’a rien avoir !

Un animal doté de plumes, d’un squelette évidé pour être plus léger et dont les muscles pectoraux s’atrophient s’ils ne volent pas peuvent-ils « être adaptés à la cage » ? Les animaux mettent souvent des milliers voire des millions d’années pour s’adapter à leur milieu, à un nouveau régime alimentaire, à de nouvelles conditions climatiques. 100 générations d’oiseaux élevés en cage ne peuvent, par conséquent, pas être adaptés « à la cage », car cette évolution aurait dû courir sur, peut-être 1000 ou 10 000 générations.

Guillaume Meurice soulève un point intéressant : il remercie les éleveurs pratiquant l’élevage intensif pour les pandémies à venir. L’élevage intensif favorise l’apparition et la transmission de maladies, et avec un contact rapproché avec l’être humain, peut créer des épidémies et pandémies. Tel est le cas de la grippe aviaire, et sans aucun doute du Covid-19, par exemple …

Les empêcher de se reproduire, c’est contre-nature

Éleveur 3 : Ils sont nés en captivité, ils ne peuvent pas vivre autrement qu’en captivité quoi.

GM : Mais ils veulent interdire la reproduction en captivité.

Éleveur 3 : Mais c’est contre nature, pourquoi on interdirait aux oiseaux de se reproduire ?

Ce que cet éleveur oublie de dire, c’est qu’en général, les couples d’oiseaux « de cage » sont formés en fonction de leur couleur, et sont donc souvent consanguins, ce qui arrive très rarement dans la nature. Par ailleurs, les oiseaux nés en captivité auraient effectivement du mal à s’adapter à la vie sauvage, mais si on les empêche de se reproduire, il n’y en aura bientôt plus et le problème ne se posera plus. Mais évidemment, ça ne va pas dans le sens des éleveurs d’oiseaux, qui prônent alors le naturel pour se protéger des critiques. Mais est-ce seulement naturel pour un oiseau d’être enfermé toute sa vie dans une cage de 30 cm3 ? La question est ouverte.

Le parallèle hasardeux avec l’histoire de l’humanité et la nudité

Éleveur 4 : Si on regarde dans l’Histoire, ba l’Homme devrait ne pas s’habiller, rester à poil, se manger entre nous aussi, éventuellement.

Notons tout de suite l’absence totale de rapport avec la question des oiseaux en cage.

GM : Est-ce que c’est pas plus joli un oiseau libre, dans le ciel ?

Éleveur 4 : Est-ce que c’est pas plus joli, un homme ou une femme nu(e) ?

On s’éloigne complètement du sujet, et clairement, l’éleveur tente de se dédouaner en changeant totalement de sujet et en réorientant le débat sur tout autre chose que l’objet de son commerce. Par manque d’argument sans doute, l’éleveur préfère changer de sujet et faire le parallèle avec une situation sans aucun rapport pour se justifier.

Aimer donc enfermer

Éleveur 5 : Moi, je remarque que certains éleveurs aiment leurs oiseaux plus que leur femme et leurs enfants.

On aime plus ses oiseaux que ses enfants, du coup on les met en cage ? Remarquez ce manque total de logique. Quand on aime ses enfants, on ne les met pas en cage, ça paraît évident ; pourtant, aimer les oiseaux, c’est les enfermer et prétendre « qu’on les aime». Tout comme dans de nombreuses situations, certaines personnes prétendent « aimer » leurs animaux, et leur font subir les pires atrocités : oiseaux en cage, poules en batterie, cochons qui ne peuvent pas se retourner, vaches laitières réformées (traduire, abattues) à 4 ou 5 ans. C’est beau, l’amour !

On peut faire le parallèle entre les Hommes et les oiseaux en cage

Éleveur 6 : Si vous regardez les Polonais qui venaient en France pour travailler dans les mines du nord, ils travaillaient 13 heures par jour, dans des cages, dans les sous-sols, pour gagner leur vie, et ils se disputaient les places.

N’oublions pas que l’Homme a un intérêt dans ce genre de comportement : gagner de l’argent pour vivre au sein d’une société qui utilise de la monnaie. Les oiseaux n’ont pas ce genre de considération, car ils trouvent tout ce dont ils ont besoin dans la nature, et n’ont donc aucun intérêt à rester enfermés toute leur vie dans une cage. Et, l’histoire de l’Homme doit-elle justifier l’enfermement d’animaux qui n’ont rien avoir là-dedans ? Quel rapport entre les travailleurs Polonais du siècle dernier et les oiseaux exotiques en cage d’aujourd’hui ?

Et si seules persistaient les espèces qui servent à l’Homme ?

Éleveur 7 : Les oiseaux en liberté, on y est bien-sûr favorables ! Mais cette première source en liberté est en train de complètement disparaître, l’avenir des oiseaux, c’est les oiseaux d’élevage !

GM : Mais est-ce que c’est pas triste, alors, ça ?

Eleveur 7 : Sur cette Terre qui est dominée de plus en plus par l’Homme, je veux dire, ne resteront que ceux qui amènent le bien-être de l’Homme !

Si les oiseaux sauvages sont en train de disparaître, c’est peut-être parce que nous les avons braconnés jusqu’à les faire disparaître (aras, perroquets, perruches, petits oiseaux exotiques, hirondelles, martinets …) parce que nous détruisons leurs milieux de vie, ou parce que nous utilisons moult pesticides et autres intrants dans les cultures.

Par ailleurs, si la biodiversité se réduisait aux seuls animaux qui servent l’Homme (donc, pour résumer, vache, cochon, chat, chien, oiseaux en cage, poules, saumons d’élevage, lapins et visons pour la fourrure, et peut-être quelques souris pour les laboratoires), l’humanité ne survivrait tout simplement pas. La biodiversité est un ensemble complexe qu’il est très dangereux de déséquilibrer, car tout est connecté. Si seules persistent les espèces qui servent à l’Homme, les services écosystémiques rendus par l’ensemble du vivant et des écosystèmes disparaîtraient, et l’Homme n’aurait plus d’oxygène pour respirer (produit en majorité par le phytoplancton, dans les océans, lui-même entretenu par l’équilibre entre poissons, mammifères marins, vers marins, méduses, etc), le taux de CO2 exploserait (capté par les sols, les zones humides, les océans, les forêts, mais seulement lorsque ces milieux sont en bonne santé, donc avec des espèces animales et végétales qui ne servent, pas l’Homme directement), l’eau ne serait plus dépolluée naturellement et les déchets organiques ne seraient plus détruits par l’ensemble des décomposeurs présents dans le sol, le réseau trophique s’effondrerait et nous pourrions tout simplement finir par mourir de faim. Belle perspective pour une humanité qui se croit capable de vivre avec quelques vaches et oiseaux en cage !

Enfin, notons que la remarque de la domination de l’Homme sur la Terre est très présomptueuse. N’oublions pas que les marées, le vent, le soleil, les insectes ou encore les virus sont de bien petites choses, pourtant capables de déséquilibrer l’économie mondiale, de détruire des villes entières ou encore de tuer des gens. Soyons un peu plus humbles vis-à-vis de la planète qui nous porte, ainsi que l’ensemble du vivant avec lequel nous vivons au quotidien.

En bref, vous l’aurez compris, mettre des oiseaux en cage n’est ni naturel, ni un moyen de sauver les espèces, ni une façon de rendre le siècle passé plus agréable pour les gens qui travaillaient dans les mines. Si vous aimez les oiseaux, allez les observer dehors, dans leur milieu naturel, en train se s’alimenter, de parader ou de migrer. Si vous souhaitez les protéger, nourrissez-les en hiver, installez des nichoirs ou devenez bénévole dans une association de protection de la nature.

Et vous, que pensez-vous des oiseaux en cage ? Dites-nous ça en commentaire !

Camille, chargée de communication

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